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Histoire & patrimoine

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Quelques articles pour mieux connaître l'histoire du village de L'Albenc

LES ORIGINES DE L'ALBENC

En l'an de grâce 1070, le seigneur Jocelyn s'en revenait de la Motte aux bois (Saint Antoine). Après avoir traversé le hameau de l'Alben, il suivait le chemin le long des marais (de Cras) en direction de Castro Novo (Châteauneuf). Traversait-il l'Alben, Albanc ou Arben ?

La toponymie de notre commune est bien incertaine. Des documents plus tardifs font état d'Albencium au XIV ème siècle et de Albenco en 1497.

Deux propositions me semblent les plus probables pour expliquer l'origine du nom actuel de notre commune.

L'Albenc viendrait du latin ALBUS signifiant blanc. Blanc comme la couche de sable sous le sol du village... Blanc comme la couleur des hauteurs environnantes, sûrement souvent enneigées, il y a 2000 ans ! Cette origine latine nous prouve, s'il en est encore besoin, l'activité intense que connaissait notre région à l'époque romaine. Un camp de légionnaires romains n'était-il pas installé à proximité de la Roche de Verdun ? N'a-t-on pas mis à jour les vestiges d'une villa, grande propriété agricole gallo-romaine, lors des travaux de construction de l'autoroute ? D'ailleurs, le nom pourrait être dérivé de celui d'une famille de grands propriétaires romains (Albus ou Albiacum).

Voir l'image en grand Fouilles d'urgence lors du chantier de l'autoroute

Fouilles d'urgence lors du chantier de l'autoroute

Autre solution : l'Albenc serait une altération du mot l'Alpenc, à la suite d'une transformation fréquente du P en B. La racine très ancienne indo-européenne ALP désigne une hauteur, les Alpes par exemple. Le suffixe gaulois ENC souvent utilisé correspond à un lieu. L'Albenc signifierait ainsi un lieu situé sur une hauteur ou entouré de hauteurs. C'était en tout état de cause un site intéressant, élevé par rapport à l'Isère. Or, nos ancêtres lointains dédaignaient les fonds de vallée humides et dangereux. Les racines pré celtiques qui sont répandues dans notre département mettent en évidence une occupation très ancienne de notre région, dès le paléolithique, âge de la pierre taillée. Des armes, des haches, des bijoux d'une époque ultérieure, le bronze ancien, ont été mis à jour près de Poliénas.

Les deux explications précédentes, qui ne sont pas les seules, ne s'excluent pas l'une l'autre : la racine latine ayant pu se substituer à la racine plus ancienne dont le sens s'était perdu. Par un phénomène d'attraction, fréquemment observé à l'époque de la romanisation de la Gaule, Alpenc (Alp) serait devenu Albenc (Albus)...

Alors, vos ancêtres albinois étaient-ils celtes, romains ou même barbares ou sarrasins ? A vous de choisir !

CHATEAUNEUF DE L'ALBENC

Par une belle journée des années 1070, le seigneur Geilin II, Jocelyn dirons-nous, s'en revenait de la Motte aux bois... Après avoir traversé le hameau de l'Alben, il suivait le chemin le long des marais (de Cras) en direction de Castro Novo (Châteauneuf), sis sur les terres de Pollinaco (Poliénas).

Jocelyn a fait bâtir à la Motte aux bois (Saint Antoine l'Abbaye) une chapelle pour y déposer les reliques de Saint Antoine l'Egyptien. Comment ne pas vénérer ces précieux restes ramenés à la suite d'un fabuleux voyage en Orient au cours duquel il risqua sa vis contre les infidèles ?

Juché sur son destrier, Jocelyn est fier d'avoir accompli son devoir : il a honoré le vœu prononcé par son défunt père, Guillaume le Cornu. Il a obéi au pape Urbain II venu en personne à Châteauneuf pour lui demander de ne plus distribuer les ossements du saint comme des amulettes. Il a beau être un homme d'armes, souvent violent et superstitieux, le seigneur descendant des ducs d'Aquitaine se doit de se comporter comme un chrétien exemplaire, sous peine de la pire des sanctions :l'excommunication.

L'esprit tranquille, Jocelyn regagnait ainsi son château en bois, érigé sur un piton rocheux d'où il dominait toute la vallée de l'Isère. Il affirmait sa puissance à l'époque où se mettait en place le système féodal.

Quelques années plus tard, s'élevait à cet endroit une forteresse en pierres, construite et agrandie par les barons de Châteauneuf qui succédèrent à Jocelyn jusqu'au XVI siècle. Bâti au sommet de la colline, protégé par deux enceintes, le château ne fut pris pour la première fois qu'au cours des guerres de religion. Les catholiques le firent raser définitivement en 1578 pour soumettre cette contrée en majorité protestante.

Quelques vestiges subsistent encore aujourd'hui dissimulés par les arbres et les broussailles : une partie des tours, des pans de murailles, les restes de l'enceinte extérieure et les ruines de la chapelle. Les plus curieux pourront les découvrir en prenant la D 1092, direction Tullins. Au bout de la ligne droite de Cras, après le carrefour de Poliénas, prendre la première à droite. Depuis Rochecorbière, l'accès est difficile ; la colline étant propriété privée, veuillez vous renseigner avant de partir sur les traces des seigneurs de Châteauneuf de l'Albenc.

NOSTRADAMUS A L'ALBENC

En cette fin de journée de l'an 1545, les chroniqueurs ont oublié la date précise, un homme aux cheveux châtain foncé et à la barbe longue se présenta à la porte de l'auberge de la Croix blanche sise à l'Albe. Une maison moult célèbre dans la région, tant par sa cuisine que par le sourire gracieux de l'hôtelière : Christine Chataignier. L'hôtesse accueillit « un inconnu de taille ordinaire, bien fait, jeune encore, au visage doux et calme que des yeux vifs et brillants animaient ».

« Madame, expliqua le voyageur, un accident de ma litière m'oblige à séjourner ici. Le charron du village ne peut réparer sur le champ ma chaise à porteur et il me serait fort aise de goûter votre cuisine si renommée dans tous les environs ». L'hôtelière présenta une chambre à l'étranger et lui proposa de partager le souper avec quelques convives. Elle ne savait pas qu'elle recevait un homme illustre : Michel de Nostre-Dame, alias Nostradamus, savant, médecin et même astrologue. Et pourtant le devin n'avait pas prévu que la rupture d'un bras de sa litière l'immobiliserait dans nos murs ! Nostradamus venait de Lyon où il avait été appelé pour combattre la peste. Il s'en revenait en toute hâte vers sa demeure de Salon de Provence lorsqu'il fit cette étape forcée à l'Albe.

Que retinrent les sept ou huit bourgeois à la figure rougeaude et à l'appétit dévorant, qui passèrent une soirée fort gaie et bien arrosée en compagnie de Nostradamus ?

Au début du repas, notre hôte se montra réservé et peu disert. Les convives prirent le voyageur pour un missionnaire dont ils s'apprêtaient à se moquer... Nostradamus resta imperturbable jusqu'à l'arrivée de quelques poulets rôtis. De simples poulets mais quels poulets !

Il leur trouva une « saveur exquise, appétissante, onctueuse, incomparable et toute nouvelle ». Nostradamus, fin gastronome, auteur d'un recueil montrant la façon « de faire les confitures de plusieurs sortes tant en miel qu'en sucre », demanda à la cuisinière le secret de sa recette. Les vertus secrètes des poulets de l'Albenc provenaient du fait qu'ils avaient été élevés au blé crevé dans du lait. La recette d'engraisser ainsi les volailles ne paraît pas s'être conservée dans le pays...

Toujours est-il que ces poulets rôtis mirent de bonne humeur notre hôte de passage qui vint à se montrer plus bavard avec ses compagnons de table. Il se mêla à la conversation sur un ton naturel, prononçant même quelques anecdotes amusantes. Ayant captivé son auditoire, Nostradamus se mit à expliquer l'avenir, à parler d'un schisme considérable. « Des querelles religieuses apporteront un cortège de feu et de sang auquel votre bourg n'échappera pas ».

Il ne fallait pas être grand devin pour faire cette prophétie alors que les idées nouvelles de « la religion prétendue réformée » avaient déjà commencé à se répandre. Effectivement, peu de temps après, le protestantisme s'installa à l'Albenc. Le Dauphiné allait être ravagé par les guerres de religion pendant plus de quarante ans.

Le souvenir de Nostradamus s'était effacé des mémoires albinoises lorsqu'il ressurgit plus de cent ans après. M. de Gumin qui habitait l'Albenc reçut de son beau-frère M. Fontes d'Urtis, une lettre écrite à Salon, datée du 15 septembre 1681. Cette missive rapportait un huitain, poème composé de huit vers, retrouvé au cours des travaux de démolition de la maison de l'astrologue.

En voici le texte :

En l'an mille sept cent noinante huit,

Grand mouvement sur la terre et sur l'onde ;

Dessus, dessous presque toute succombe

Europe. Vivant onc ne vit pareil meshuit.

Tous ne mourront, à tant de ligues europoises

Tohu-bohu en grand lucte seront.

Heureux mortels qui en terre albencoise

En seuruté leurs poules mangeront.

Le style est suffisamment tourmenté pour rester équivoque et laisser libre cours à l'imagination. Que voulez-vous : c'est le BA-BA du métier d'astrologue !

Revenons au contenu du huitain. Il prédit pour 1798 en Europe de grands bouleversements qui épargneront un havre de paix : l'Albenc. Effectivement, en l'an 1798, les dauphinois ne furent victimes d'aucune catastrophe. Les albinois pouvaient manger leurs poules en toute sécurité. Par malheur, comme le regrettait M. de Gumin, la recette d'engraisser les poulets ne s'était pas conservée et l'auberge du village ne servait plus qu'une cuisine ordinaire. Cette même année, à la veille du Consulat, la popularité d'un général ambitieux, Bonaparte, ne cessait de grandir mais l'Europe n'était pas encore mise à feu et à sang par les guerres napoléoniennes.

Qui se soucie de vérifier les prédictions des astrologues ? N'accablons pas Nostradamus, même s'il n'a pas été toujours très lucide. Le métier de devin est bien difficile !

CAZES.H. d'après LACROIX.A : Nostradamus à l'Albenc - Bibliothèque historique du Dauphiné. Grenoble 1877.

LA COMMUNE DE CHAPUISIERE

Savez-vous qu'à la fin de l'Ancien Régime, l'actuel hameau de Chapuisière constituait une paroisse indépendante de celle de l'Albenc ?

En 1698, elle était habitée par 64 habitants alors que sa voisine en comptait 688. En 50 ans, la population albinoise diminuait de moitié pour tomber à 350 habitants en 1754. L'émigration des derniers protestants à la fin du XVII° ne suffit pas à expliquer cette dépopulation. A cette époque, des crises démographiques périodiques frappent le Dauphiné. Ainsi, pendant l'hiver 1709, la température descend jusqu'à moins 25° C, voitures et chariots chargés peuvent traverser l'Isère gelée... Après cet hiver exceptionnellement rude, la famine et les fièvres estivales provoquent une forte surmortalité. A plusieurs reprises, des accidents climatiques et des crises agraires se reproduisent les années suivantes. A chaque fois, la mort emporte les plus vulnérables.

Fort heureusement, après quelques saisons plus clémentes, la situation des campagnes s'améliore au cours de la seconde moitié du XVIII°. Le temps des famines semble sur le point de disparaître et la mortalité recule. La paroisse de l'Albenc profite de cette période de prospérité. Elle dépasse un millier d'habitants à la veille de la Révolution.

Dés la fin 1789, l'Assemblée constituante réorganise de fond en comble l'appareil administratif. Elle adopte le cadre départemental et transfère les pouvoirs aux élus des communes. Le 15 janvier 1790, le royaume est définitivement divisé en 83 départements subdivisés en districts, eux-mêmes constitués de cantons formés de plusieurs communes. Dans le département de l'Isère, l'Albenc devient le chef-lieu d'un des 14 cantons du district de Saint Marcellin. La nouvelle commune de Chapuisière qui comptait une centaine d'âmes est alors supprimée et rattachée à celle de l'Albenc.

Les nouveaux découpages territoriaux, souvent contestés, donnent lieu à des querelles de clochers. Nul ne sait comment réagirent les habitants de Chapuisière, toujours est-il que la commune réapparut par arrêté du 9 brumaire an 10 (1801), à l'occasion d'une nouvelle réforme administrative. Le Premier Consul Bonaparte mettait en place un corps d'exécutants dévoués à la tête des municipalités en la personne de maires nommés. Il installait son pouvoir personnel.

Les deux communes restèrent indépendantes sous les règnes de Napoléon I et de Louis XVIII.

Quand Charles X prit des mesures réactionnaires pour lutter contre une opposition grandissante et contrôler les campagnes, il réunit définitivement la commune de Chapuisière à celle de l'Albenc, par ordonnance royale du 1° mars 1826.

Depuis cette date, Chapuisière est un hameau de l'Albenc. Un hameau qui connaît aujourd'hui un renouveau certain, mais qui ne devrait pas être affecté par la prochaine réforme des collectivités territoriales !

EXTRAIT CADASTRAL DE 1837

On peut distinguer le puits (198) et le four communal disparu (178). De nombreuses parcelles étaient destinées au pâturage, à la viticulture et au jardinage. Les vignes recouvraient une grande partie des coteaux avant la crise du phylloxéra (fin XIX). Le parcellaire apparaît plus divisé qu'aujourd'hui ce qui prouve que les propriétaires étaient nombreux.

Sur place des vestiges des anciens bâtiments sont encore visibles :

- la mairie de Chapuisière, grange près de la maison de Madame Ferrero,

- la chapelle, dernière maison à gauche (Roux) avant le chemin des buis montant à Pierre brune.

LES ARMOIRIES DE L'ALBENC

« De sable, sur fond de gueules, le tau au cœur, à trois châteaux donjonnés et crénelés »

Telle serait en langage héraldique la description des armoiries qui nous sont parvenues. Traduisons simplement : en noir, sur fond rouge, le T de saint Antoine au centre, entouré par trois châteaux ayant chacun un donjon et des créneaux.

Quelle est la signification de ces armoiries ?

La symbolique et l'histoire peuvent permettre d'avancer quelques explications. Le fond rouge, couleur guerrière par excellence, exprimait le courage, la vaillance et aussi la charité. Autant de qualités dont ne manquaient sûrement pas les seigneurs de Châteauneuf, seigneurs sur les armes desquels figuraient déjà trois béquilles ou potences de Saint Antoine. N'oublions pas que Jocelyn de l'Albenc avait rapporté de Contantinople vers 1070 les restes du saint ermite égyptien. Ainsi, cette famille se trouve à l'origine de la fondation de l'abbaye de Saint Antoine. L'abbaye et son hôpital accueillaient les miséreux frappés du « mal des ardents ou feu de Saint Antoine », maladie gangréneuse autrefois provoquée par l'ergot de seigle. Le tau, au sens contreversé, peut évoquer la béquille sur laquelle s'appuyaient les malades amputés.

Que représentent les trois châteaux aux flancs dextre, senestre et en pointe, autrement dit à droite, à gauche et en bas ? Il est difficile de fournir une explication sûre et définitive car les armoiries de l'Albenc ne figurent pas dans les ouvrages de référence tels que l'armorial du Dauphiné ou l'armorial de France. En fait, il faut parler d'écusson et non pas d'armoiries. Nous présentons un écusson moderne, de forme française, qui a dû être réalisé bien après l'époque médiévale, en s'inspirant des armes des seigneurs de Châteauneuf.

Les trois tours représentent probablement les trois châteaux ayant appartenu aux premiers seigneurs de l'Albenc : Châteauneuf, Saint Quentin et la motte Saint Didier. C'est sur l'emplacement de cette motte castrale que fut édifiée l'abbaye de Saint Antoine.

Les trois châteaux pourraient aussi correspondre à ceux de Châteauneuf, de la Marcousse et de Baronnat. La Marcousse était la demeure des seigneurs de Poliénas, vassaux de Châteauneuf. Quant à la famille de Baronnat, elle s'installa à Poliénas au XV° siècle avant d'hériter du titre de baron de Châteauneuf. Il reste encore quelques ruines de ces deux maisons fortes sur la commune voisine.

Proposons enfin une troisième hypothèse plus proche de nous mais fort improbable. Les trois châteaux figurant sur l'écusson ne seraient-ils pas celui de Châteauneuf, le château actuel qui date du XVI° siècle et le château de Peccatière, gentilhommière en ruine, rasée en 1976 ?

Quelle que soit l'explication que vous retiendrez, il reste que notre écusson rappelle les origines de notre village. Il prouve que l'histoire de l'Albenc est liée à celle des seigneurs de Châteauneuf et à celle de la commune de Poliénas.

LES EGLISES DE L'ALBENC

LES PREMIERES EGLISES

L'église actuelle n'est âgée que de 150 ans. Dans les temps anciens, le bourg n'avait pas d'église...

Au début du XII° siècle, un hameau important prospérait au lieu-dit : Meyrins (1), en direction de Chapuisière, à droite de la voie ferrée, non loin de la ferme Gerboud. Là se trouvait l'église paroissiale Saint Eusèbe. Il ne reste aucune trace du bâtiment qui figure dans le pouillé (2) de 1497.

A la fin du XIV° siècle, l'église Sainte Marie de l'Albenc dirigée par le curé Cappellanus est mentionnée pour la première fois. Elle comportait neuf chapelles. Au XV° siècle, Meyrins est réuni à l'Albenc. Les deux églises ne forment plus qu'une seule paroisse, dépendante de l'évêché de Grenoble. Ses revenus s'élèvent à cent florins.

A partir de la seconde moitié du XVI° siècle, l'Albenc fut d'abord touché par les guerres de religion puis, par des épidémies de peste meurtrières. Le hameau de Meyrins fut alors abandonné et son église détruite aux environs de 1562.

L'église de l'Albenc , en très mauvais état, fut elle aussi démolie quelques années plus tard. Face à un foyer protestant actif qui disposait d'un temple, la communauté catholique ne pouvait pas rester sans église. Un arrêt du Parlement de Grenoble daté de 1616, ordonne à François Armuet de Bon repos, chanoine de la cathédrale de Grenoble et prieur de Revesti (3), de fournir le quart des revenus de son prieuré pour la reconstruction de l'église de l'Albenc. La seconde église fut élevée sur le même site, un peu en avant de l'église actuelle, au niveau de la Grande rue. Le cimetière attenant à l'église se trouvait au niveau de la Poste, derrière l'abside de l'église. Le cimetière actuel a été aménagé en 1847 et étendu soixante ans plus tard.

Deux siècles après sa construction, le nouvel édifice risquait de s'écrouler. Malgré les réparations entreprises en 1824 puis en 1826, le bâtiment était menacé d'interdit en 1839. Depuis le Concordat de 1801 (4), les collectivités locales étaient responsables des édifices religieux lorsqu'elles en étaient propriétaires. Un incident qui se produisit pendant un office en 1843 obligea la Municipalité à envisager la construction d'une nouvelle église, celle que nous connaissons aujourd'hui. L'ancien bâtiment fournit des matériaux de récupération, mais le bénitier qui reposait sur une colonne ne fut pas réemployé. Il s'agit de la cuve ronde en pierre calcaire que l'on peut voir posée rue de l'abreuvoir.

Au cours de l'histoire, les églises de l'Albenc ont connu bien des vicissitudes...

Différentes orthographes : Meyrins, Mayrins, Mérin,...Le pouillé était un répertoire des paroisses, cellules administratives de base sous l'Ancien Régime. Ce tableau pouvait servir à la collecte des revenus des propriétés religieuses.La Rivière.Ce traité signé entre le Consul Bonaparte et le pape Pie VII avait rétabli la paix religieuse après les désordres de l'époque révolutionnaire.

L'EGLISE ACTUELLE

La construction de l'église a commencé en 1845 et s'est achevée en 1848. Pendant les travaux, la messe était célébrée dans une grange louée pour deux cents francs. L'église terminée n'avait pas de clocher la Municipalité éprouvant des difficultés financières. Or, aux environs du mois de juillet 1853, un homme de passage remarqua l'édifice et s'informa : « C'est notre église lui dit-on mais il n'y a plus d'argent pour construire el clocher. » L'étranger, une fois renseigné, poursuivit son chemin...

Voici le compte rendu du Conseil municipal qui se réunissait quatre mois plus tard. « L'an mil huit cent cinquant trois et le seize novembre à deux heures de relevé, les membres du conseil municipal de l'Albenc réunis dans la salle ordinaire de ses séances, assistés des plus forts imposés de la commune, sous la présidence de M.Cogne, Maire. Monsieur le Maire a exposé à l'assemblée que par une dépêche du Cabinet de l'Empereur en date du 21 septembre dernier, il avait été avisé que son Excellence le Ministre de l'Instruction et des Cultes, par décision du 14 du même mois, avait ouvert à M. le Préfet de l'Isère un crédit de la somme de cinq mille francs sur le budget de son département, à prendre sur les fonds de 1853, pour faire au secours que sa Majesté a daigné accorder à la commune de l'Albenc pour l'aider dans la construction de son église. » L'étranger de passage qui avait voulu donner un clocher à l'église de l'Albenc n'était-il pas l'Empereur Napoléon III en personne ?

L'édifice somme toute récent, à peine plus de 150 ans, ne présente pas un grand intérêt architectural. Vous pourrez tout de même observer quelques particularités.

Au fond du chœur, l'autel en marbre a été offert à l'origine par Monseigneur Philippe de Bruillard, évêque de Grenoble.

Dans la nef latérale droite se trouve un reliquaire en cuivre de saint Antoine. L'authenticité de ce reliquaire est attesté par le 6 janvier 1877 par Monseigneur Armand Joseph Fava, évêque de Grenoble.

L'horloge sur le fronton extérieur de l'église a été offerte par M. Jean Baptiste Bellissime, médecin à l'Albenc pendant de longues années. Son nom est encore lisible sous l'horloge. La valeur du don fait en 1901 s'élevait à 1400 francs.

Enfin, la plus petite des deux cloches a été classée en 1911. Elle proviendrait d'une précédente église et daterait de 1511 (ou 1540).

Le bâtiment construit sur un sous-sol sablonneux, sans fondations suffisantes, tend à basculer vers l'avant... Dans la nuit du 15 au 16 août 1935, la voûte centrale s'écroula. Le Pére Piraud le raconte dans le bulletin paroissial de l'époque. « Les consolations du 15 août ont eu cette année un triste lendemain. Fermer un soir son église en bon état (apparemment du moins) et l'ouvrir, le lendemain, sur un amas de briques et de plâtras tombés de la voûte crevée, quel angoissant réveil ! Toutefois, nous remercions la Divine providence de nous avoir préservés d'un plus grand malheur. Que cet écroulement se soit produit en effet, quelques heures plus tôt, au cours des offices, nous aurions eu alors à pleurer et à plaindre des victimes, malheur irréparable qui eut dépassé de beaucoup les pertes matérielles que nous déplorons. »

Une plaque de marbre gravée dans la nef latérale droite rappelle cet accident et remercie Notre Dame de l'Assomption, sous le vocable duquel est placée l'église.

Le conseil municipal décida « de ne participer que dans une faible mesure » au financement des réparations. Le peu d'empressement de la Municipalité fit grand bruit à l'époque... Le Père Piraud ouvrit une souscription pour aider au financement des travaux qui s'achevèrent en juin 1936. Depuis la loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat, le patrimoine religieux fait partie du domaine public. L'entretien des édifices cultuels est à la charge des municipalités.

Depuis lors, l'église de l'Albenc a fait l'objet de plusieurs campagnes de travaux. En 2007, les peintures murales ont retrouvé leur éclat d'antan, venez les admirer

LE CHATEAU DE PECCATIERE

Qui n'a pas entendu parler du château de Peccatière ?Il s'élevait sur la droite de la route menant à Chapuisière, immédiatement après la route de Pierre brune (1).

Le bâtiment a dû être édifié à partir de la fin du XV° siècle. Il porte le nom de ses premiers propriétaires : une riche famille apparue dans la région en 1490, selon Auguste Favot (2). Les Peccat jouèrent un rôle actif au temps de l'Eglise réformée de l'Albenc. Jean Peccat, auditeur à la Chambre des comptes du Dauphiné, fut l'un des signataires de la supplique envoyée à Calvin le 18 juillet 1561, pour lui demander un pasteur.

La demeure appartint à la famille Peccat jusqu'à Guillaume Peccat qui ne laissa que deux filles dont l'une Agnès épousa Bertrand Rabot en 1502. Ainsi, le château passa rapidement par héritage dans la famille Rabot. Rappelons que dans une pièce de la maison Sorrel Barbier, propriété des Rabot, se trouvait une belle cheminée qui portait les armes des deux familles unies par ce mariage (3).

A la fin du XVII° siècle, le château passa dans les mains de la famille Guignard, Jeanne Angélique Rabot ayant épousé Emmanuel Guignard, seigneur de St.Priest.

Le château de Peccatière présentait l'aspect d'une imposante bâtisse d'une quarantaine de mètres de long. Il possédait des tours comme une maison forte mais c'était avant tout une belle résidence, dotée de fenêtres à meneaux, caractéristiques de l'époque Renaissance. Il s'élevait sur trois niveaux avec des plafonds à la française au premier étage. Il ne comptait pas moins de sept cheminées.

En 1673, l'évêque Le Camus, lors d'une visite pastorale, signalait une chapelle au château. Cette chapelle privée était pavée. Au début de l'époque révolutionnaire, une prison aurait été aménagée dans le château (4). Elle pouvait accueillir les suspects ou les condamnés traduits devant la « Maison de la justice et de la paix » installée dans la maison Barillon.

Que reste-t-il aujourd'hui du château de Peccatière ? Bien peu de choses malheureusement. On ne peut deviner que les bases d'une tour au bord de la route et une pierre du seuil de l'entrée principale. Les anciennes caves voûtées sont inaccessibles, leur accès ayant été remblayé.

A l'époque contemporaine, le château a longtemps été loué à des fermiers. Au début des années 1970, la propriété était partagée entre :

- M.Dupard qui acquit la ferme aux enchères en novembre 1971,

- M.Chapel qui possédait la partie centrale du bâtiment,

- la famille Boucherand qui racheta par la suite le tènement de M.Chapel.

En 1975, le château fut démantelé. Des travaux de restauration s'avéraient trop importants et coûteux. Un promoteur ne parvint pas à faire aboutir un projet de lotissement...

Les éléments du château furent dispersés. De nombreuses pierres de taille furent réemployées pour restaurer la demeure de Lionne à St André en Royans. Quelques pierres en molasse prirent la direction de St Antoine.

Seuls, les anciens conservent dans leur mémoire l'image du château de Peccatière. Puisse cet article vous avoir apporté quelques éclaircissements sur ce lieu-dit.

  1. Route de Peccatière, au niveau des propriétés de Mrs Boucherand et Dupard.
  2. Auguste Favot : Essai historique sur Vinay et ses environs.
  3. Bulletin n°45, mai 2006.
  4. Bulletin n°47, Octobre 2006.

Un grand merci à Mrs Jean Noël Boucherand et Alain Dupard pour leur aide.

LE SPORTING CLUB DE L'ALBENC

Allez le Sporting ! Les cris fusent le long de la touche et le Président Emile Portra n'est pas le dernier à encourager ses troupes. Depuis quelques minutes, l'équipe albinoise monopolise le ballon et multiplie les offensives. La défense vinoise tient bon.

Comme d'habitude, le derby est intense et engagé. Vinois et Albinois se livrent un duel acharné. Sur son terrain, le Sporting ne peut pas perdre ce match de championnat de district de première série. C'est une question d'honneur !

Les albinois tiennent le match nul quand Lili Pevet récupère une balle sur son aile droite. Il la transmet aussitôt à son capitaine Pierre Bourgeat au centre du terrain. Celui-ci lève la tête et voit l'appel de balle de son compère Jean Chabanis. Les deux avants s'entendent comme larrons en foire. Jean Chabanis contrôle la balle en pleine course. Il enchaîne un tir puissant qui vient se loger dans la lucarne de l'infortuné gardien vinois.

L'issue du match reste incertaine. Le goal local Roger Heck, grand par la taille et le talent, plonge pour repousser une dernière tentative adverse. Il préserve ses cages inviolées jusqu'au coup de sifflet final.

A cet instant, la clameur et les applaudissements se font entendre jusqu'au village. Joueurs et spectateurs albinois partagent la joie et la fierté d'avoir remporté le derby.

Cette nouvelle victoire conforte la place du Sporting qui tient les premiers rôles dans ce championnat. Cette équipe de copains est redoutable. Elle a remporté de nombreux succès contre Chatte, La Sône et d'autres équipes des Terres froides. Elle pratique un jeu viril, mais correct bien sûr, avec une défense rigoureuse et des avants rapides. Les copains de l'équipe deux sont toujours prêts à intégrer l'équipe première en cas d'absence ou de blessure d'un titulaire.

Le compte rendu de ce match est fictif mais on pourrait trouver un article équivalent dans un journal de l'époque.

Le Sporting club de l'Albenc apparut avant la seconde guerre mondiale alors que le rugby ne tenait pas encore le haut du pavé. Marcel Glenat dit « le quinche » et les frères Bourgeat qui jouèrent à Poliènas furent à l'origine de la formation de cette équipe.

Les joueurs évoluèrent d'abord avec un maillot rayé vert et blanc sur le terrain de Malan, prêté par M.Caillat de l'Allègrerie, à l'emplacement actuel du terrain de rugby. Les compétitions s'interrompirent pendant la guerre.

Le Sporting club connut ses heures de gloire à la fin des années quarante. Les joueurs revêtaient alors un maillot bleu foncé. Une étoile blanche, simple signe particulier, était frappée sur leur cœur. Et pourtant, ils ne se prenaient pas pour des stars et ils n'avaient pas remporté un titre de champion ! Lorsque M.Caillat récupéra son terrain le Sporting évolua sur un autre terrain situé à l'entrée nord du village, derrière la scierie Barnier.

Le Sporting pouvait aligner deux équipes composées de jeunes albinois de souche, dont certains ne manquaient pas de talent. Jean Chabanis et Edmond Portra furent retenus dans la sélection de Basse Isère pour affronter l'Olympique de Saint Marcellin qui évoluait en honneur. Ils se distinguèrent en marquant respectivement deux et trois buts !

Après le retrait du Président, le club s'essouffla. Faute de dirigeants, il disparut vers la fin des années cinquante. Une page s'était tournée... Le rugby prendra la relève en 1967 mais c'est une autre histoire pour un prochain article.

Pour jouer au foot aujourd'hui, n'hésitez pas à rejoindre le FCCV (Football club du canton de Vinay).

Sporting club de l'Albenc à St Antoine en 1949

Sur la photo prise à Saint Antoine en 1949, on peut reconnaître de gauche à droite,

accroupis au premier rang : Louis Pevet, André Gilliard, Pierre Bourgeat, Jean Chabanis, Camille Gillet,

debouts : Emile Portra, Gilbert Perrard, Albert Bourgeat, André Blanc, Roger Heck, Robert Vernier, Maurice Lambert, Louis Vernier, Beraud.

Ce jour-là, la victoire fut parait-il bien arrosée...

Un grand merci à Mrs André Blanc, Jean Chabanis et Edmond Portra pour leurs témoignages

QUAND ON SE BAIGNAIT A L'ALBENC...

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quelques jeunes albinois imaginèrent, pour se livrer aux joies de la baignade, la possibilité d'aménager la serve de la scierie Penin, à l'entrée nord du village. (1)

Après avoir obtenu la promesse d'une subvention de l'Office départemental des sports en 1946, le Conseil municipal délibéra le 23 février 1947. Il donna son accord pour l'aménagement d'un bassin de natation, avec le concours des services des Ponts et Chaussées. « La situation ensoleillée et la limpidité des eaux toujours renouvelées » justifiaient pleinement l'emplacement du bassin. Les travaux soumis à l'entreprise Penin permirent la construction :

- d'un ponton en bois le long de la rive et d'un plongeoir en travers,

- de deux cabines et d'un W.C. sous la cascade qui évacuait le trop plein de la serve.

Les baigneurs disposaient d'un plan d'eau d'environ 25 mètres de long sur 6 mètres de large et d'une profondeur qui pouvait atteindre 2 mètres en aval. Les installations rustiques qui respectaient le cadre champêtre, n'avaient pas trop grevé le budget de la commune. Aujourd'hui, les impératifs de sécurité suffiraient à vouer à l'échec un tel projet...

Pendant l'été, cette piscine naturelle attirait en fin d'après-midi et le dimanche de nombreux jeunes. Les distractions n'étaient pas aussi fréquentes qu'aujourd'hui. Les garçons les plus téméraires n'hésitaient pas à exécuter des plongeons spectaculaires pour épater les jeunes filles ! Quelquefois surprise : la piscine était vide. Il fallait attendre que la serve se remplisse après que Monsieur Penin eut utilisé l'eau pour alimenter sa turbine... Tous les ans, il fallait nettoyer la serve pour la vider des boues et des alluvions apportées par la Lèze.

Les élèves de l'école, encadrés par M. et Mme Ferreri et Mme Anne fréquentaient la piscine. Certains apprirent à nager en utilisant des ceintures confectionnées avec des bidons d'huile en guise de flotteurs. De nombreux enfants de l'Albenc et de Chantesse obtinrent même des brevets de natation.

Pour des raisons d'hygiène et de sécurité, cette piscine municipale ne fut fréquentée que jusqu'au début des années 1950. La baignade ne fut-elle pas rendue responsable de cas de typhoïde ou de poliomyélite ? Il faut dire que les pécheurs d'écrevisses laissaient leurs appâts dans le ruisseau en amont de la serve, ce qui pouvait provoquer au moins quelques éruptions cutanées... En tout cas, la piscine de l'Albenc disparut avant d'avoir obtenu le pavillon bleu ! (2)

  1. A l'époque, l'énergie hydraulique permettait de faire fonctionner différentes entreprises. Les eaux de la Lèze faisaient tourner les scieries Bourgeat, Perrot et Penin. Le mot serve, synonyme de serre, désigne une retenue d'eau qui peut servir de réserve, de vivier ou de barrage
  2. Merci à Messieurs Hubert Falque et Edmond Portra pour leurs témoignages et leurs photos, ainsi qu'à Monsieur Gillet pour la relecture de l'article.

JEAN VINAY, PEINTRE DE L'ALBENC (1907-1978)

JEAN VINAY, PEINTRE DU DAUPHINE

Jean Vinay a été reconnu comme « le peintre de Paris ». Ne pouvons-nous pas le considérer aujourd'hui comme « le peintre du Dauphiné » ?

Pour s'en convaincre, il suffit de visiter l'exposition temporaire au Grand Séchoir : « Jean Vinay, ma vallée heureuse ».

Enfant du Dauphiné, Jean Vinay est né à Saint Marcellin en 1907. Dés son plus jeune âge, il s'intéresse au dessin. Il réalise de nombreux croquis en puisant son inspiration dans la nature. En 1933, il s'établit à Paris. Il apprend les rudiments de son art dans la rue et dans les musées où il analyse les œuvres de Rembrandt, Corot, Van Gogh,...

Pour échapper à l'occupation, il gagne Alger où il rencontre Lucien Mainssieux et Albert Marquet. De retour à Paris, l'exposition Durand-Ruel le révèle au grand public en 1948. Jean Vinay devient un grand nom de la peinture. Les musées étrangers achètent ses œuvres : portraits et paysages.

Il n'oublie pas son Dauphiné natal qu'il regagne chaque été. Lassé de la vie parisienne, il se retire définitivement dans sa maison familiale de l'Albenc en 1969. Affaibli par la maladie, Jean Vinay s'est éteint le 23 août 1978.

L'exposition permet de découvrir les paysages dauphinois qu'il affectionnait : l'Albenc et les villages voisins, les fermes, les champs et les collines... Sa peinture au couteau fait ressortir avec force les falaises du Vercors. Son pinceau fait chanter les couleurs avec le souci permanent de mettre en évidence la lumière, « conquête suprême du peintre ». Jean Vinay travaille la surface : des couches de peinture successives, des grattages, des pointes vives pour nous faire ressentir une émotion ou un mouvement.

Mais trêve de technique, parlons de l'homme que j'ai eu la chance de rencontrer.

Jean Vinay n'était pas seulement l'homme rustique et indépendant que certains ont décrit. Sa simplicité et sa discrétion cachaient la richesse d'un artiste qui avait consacré sa vie à la peinture. C'était un autodidacte cultivé, soucieux de l'enseignement des grands maîtres. C'était un homme curieux et avisé, un amoureux de la nature qui s'intéressait aux affaires du monde. Son esprit d'indépendance lui a permis de refuser toute compromission, toute commande facile.

Jean Vinay était attentif aux autres. Il pouvait vous conduire à vous interroger, sans jamais vous faire la leçon. Il aimait parler peinture bien sûr, mais aussi deviser simplement avec ses amis albinois, en jouant aux boules sous les platanes du champs de mars.

C'était un homme discret, ouvert et fidèle. Fidèle à ses origines, à ses amis, à sa terre dauphinoise.

Venez partager une promenade sensuelle et paisible tout au long de cette exposition. Elle illustre parfaitement la peinture de Jean Vinay, cette peinture qu'il appelait : « ma petite chanson ».

BIOGRAPHIE

1907 : naissance à Saint Marcellin

le 2 février.

1933 : Jean Vinay s'installe à Paris.

Il apprend les rudiments de son art

dans la rue et vit de petits boulots.

1940 : Jean Vinay franchit la zone

libre. Il reste en Algérie et en

Afrique du nord où il rencontre

Albert Marquet qui influence

profondément l'homme et le peintre.

1946 : retour à Paris ; il expose à

La galerie Raspail.

1947 : l'exposition Durand-Ruel le

révèle au grand public.

1960-1970 : Jean Vinay devient

« le peintre de Paris »

1963 : séjour à Venise.

Les perspectives architecturales,

les effets de lumière et les reflets

de l'eau le subjuguent.

1960 : retours de plus en plus

fréquents dans sa maison familiale

de l'Albenc.

1969 : il se retire définitivement

à l'Albenc.

1978 : décès de Jean Vinay

le 23 août Il repose au cimetière

de l'Albenc.

1979 : ouverture du Musée

Jean Vinay, musée départemental

de Saint Antoine l'Abbaye.

Un des peintres contemporains les plus attachants, de par sa simplicité et sa discrétion mais aussi par la sensibilité et la continuité de son œuvre. Jean Vinay visait un but simple, difficilement accessible...

« Quand le peintre trouve l'accord des volumes, des masses, des poids, des intersections de lignes, quand il entend le chant des couleurs, de la matière, de la lumière, il participe à la musique du monde. Il est heureux et son cœur est plein d'amour ».

TEMOIGNAGE DE JEAN OLIVE, filleul de Jean VINAY

Jean Vinay aimait jouer aux boules. Cette entrée en matière permet de bien situer la personne de Jean Vinay, indissociable de celle du peintre.

Dans son village de L'Albenc , il jouait aux boules, car il aimait les gens :ses amis d'enfance « le Gust, le Zozo, le Théo et le Tabert... », ses connaissances, ses amis, mais aussi des inconnus d'ici, et d'ailleurs.

Jean Vinay fut pour moi comme un père spirituel, mon confident, quelqu'un qui m'a fait partager ses valeurs de tolérance, de respect, de générosité, de simplicité et de droiture. Avec sa prestance et son sens de l'humour, ensemble nous discutions pendant des heures mais lui restait discret, et ne tombait jamais dans la vulgarité. Très cultivé, il s'intéressait au monde aussi bien qu'à la vie locale, et lisait de nombreux journaux de tous bords.

Sa femme Renée, avec qui nous avons partagé la douleur de la perte d'un être aimé, organisait la vie quotidienne, le protégeait, l'entourait, le laissant tout entier à son art.

Il ne parlait que rarement de sa vie d'avant Renée : sa maladie, la tuberculose qui l'a longtemps affaiblie, sa première femme, son divorce, la perte d'un neveu qui lui était cher ; des coups durs qui ont provoqué chez lui une grande foi dans l'humain ... et une volonté de fer.

Il n'était pas colérique mais pouvait prendre de grandes colères devant l'injustice, l'intolérance ou la bêtise.

Il a toujours refusé de peindre à la commande, gardant ainsi son indépendance, se protégeant de la facilité du confort.

Il travaillait sans relâche, reprenait ses tableaux, une fois, deux fois, cinq fois ...... Son atelier de l'Albenc, était rempli de tableaux ... en cours qu'il retouchait parfois pendant plusieurs années. Cet atelier fut toujours un lieu particulier, bien différent de celui de Paris. Il se situait au rez-de-chaussée, dans la maison de sa mère. Il n'a pu d'ailleurs se résigner à en changer, malgré la construction d'un atelier neuf plus vaste au 1er étage de son habitation. Il disait que son ancien atelier donnant sur son jardin avait une âme, c était une partie de lui.

Les murs de l'atelier étaient peints en bleu outre mer ; il y accrochait ses tableaux. Il y avait là : le prie dieu de sa mère ... qui servait de table à encadrer ses toiles, à droite un bureau, un établi, sous les baies vitrées, sur lequel se trouvaient ses outils de peintre, à gauche une cheminée qui servait de rangement pour les toiles vierge et les cadres, au centre un grand chevalet sur lequel il peignait et un plus petit où séchaient ses toiles. A leurs pieds d'autres toiles en attente et à l'entrée un coin pour s'asseoir avec ses amis.

En regardant ses tableaux, il me disait « tu vois, voilà mes enfants !... »

On l'a beaucoup écrit : il était proche de la nature ; j'irai, pour ma part, plus loin : il transcendait la nature. « Nous sommes entourés de paysages ici » disait-il. Ses peintures sont un réquisitoire sur la vie. On y ressent son inquiétude et sa sensibilité à fleur de peau. Il était grand ramasseur de champignons, qu'il préparait lui-même. On ne s'étonne plus de son choix de peindre sur motif. Il faut l'imaginer partir à vélo, son chevalet portatif au dos, choisir son sujet, un paysage, trouver le bon angle, chercher une lumière particulière. Il peignait comme un paysan dauphinois cultive sa terre, dans le respect et l'amour de la nature. Il faisait peu de croquis. La générosité de son regard permettait des sujets variés : il a également réalisé de nombreux portraits.

Il y a toujours des regrets bien sûr : de ne pas l'avoir assez écouté, pas assez aimé mais je sais qu'avec sa capacité à toucher l'essentiel, il sentait l'admiration que je pouvais avoir pour lui. Je suis heureux que l'exposition de ses oeuvres offre à ceux qui le connaissaient ou à ceux qui découvrent sa peinture, un regard particulier sur les paysages dans lesquels nous vivons.

« Sa vallée heureuse,..... Son Dauphiné »

que Jean VINAY aimait tant retrouver de Pâques.... à fin novembre.

PLUS DE QUARANTE ANS DE RUGBY A L'ALBENC

1967 : de jeunes albinois jouant à Vinay décident de créer un club à l'Albenc. « Le Mile et PJ » alias Gilbert Roux et l'abbé Pautrieux créent une section rugby au sein de la nouvelle Maison pour tous. La MJC l'Albenc section rugby débute sa première saison 1967-68 au bas de l'échelle en 5° série.

Dés le début, l'équipe évolue sous ses couleurs jaune et noir. Les matchs se déroulent sur le terrain de Malan : « la bascule ». Un terrain en creux dont la pente est redoutée par bien des équipes du Comité des Alpes. Les premières installations sont sommaires : les joueurs se lavent au bassin de l'autre côté de la route. La municipalité fournit les matériaux et, progressivement, dirigeants, joueurs et bénévoles aménagent le stade (barrières, éclairage,...). La ville de Gières offre un préfabriqué. Les nouveaux locaux sont inaugurés en 1989.

Rapidement, le club s'illustre et franchit les échelons. La dixième saison (1977-78) est exceptionnelle. Rendez-vous compte : deux derby victorieux contre Tullins, un titre de champion des Alpes 1° série acquis aux dépens de Thonon et une participation aux huitièmes de finale du Championnat de France. Pendant une dizaine d'années, le club se maintient au plus haut niveau régional : honneur ou 1° série. L'équipe réserve n'est pas en reste. Elle s'adjuge trois fois le titre de champion des Alpes.

A la fin des années 1990, le bureau de la MJC s'essouffle. La section rugby décide de voler de ses propres ailes. La MJC section rugby laisse place à l'Union sportive albinoise (USA). Le club continue à collectionner les titres. En 2004, il remporte le Brennus des Alpes pour la troisième fois en sept ans. Cette année là, l'USA ne s'incline qu'en huitième de finale du Championnat de France de 2° série contre Chatillon Saint Jean.

2007 : pour faire face aux difficultés rencontrées par les petits clubs, quarante ans après sa naissance, l'USA fusionne avec son voisin La Rivière. Le nouveau club évolue en jaune, noir, bleu et vert, alternativement sur les terrains de l'Albenc et de La Rivière. Une seule saison de réglage lui suffit pour remonter tout en haut de l'affiche.

Quelle extraordinaire saison 2008-09 ! Quatorze matchs consécutifs sans défaite, un huitièmetitre de champion des Alpes et une accession en promotion d'honneur.

Pendant quarante ans les équipes seniors se sont illustrées mais aussi les équipes de jeunes. N'oublions pas le travail de formation effectué par les éducateurs qui encadrent l'Ecole de rugby. Un seul exemple : Florian Faure, 3° ligne centre qui évolue à Biarritz, a chaussé ses premiers crampons au pied de Malan.

Bravo à toute cette grande famille qui fait le succès du rugby au village. Merci aux dirigeants dévoués, aux éducateurs actifs, aux joueurs volontaires, aux supporters enthousiastes qui portent haut les couleurs de l'Albenc. Nous continuerons à vous encourager : « Allez les petits ! »

Sur la photo prise en 1970 ( ?) :

Debouts de gauche à droite : René Eymond, Michel Roux, Robert Buisson, Roger Roux, Paul Roux, Daniel Karagouch, Gilbert Roux, M.Gerard et André Chaloin.

Penché à droite : « Paquerette » Pellerin.

Au premier rang de gauche à droite : Georges Bourgeat, Pierre Bourgeat, René Gillet, Daniel Roux, Bernard Penin, Christian Allibe et Jean Paul Effantin.

LES PRESIDENTS

  • 1967-68: M.Brichet
  • 1968-73: Jean Paul Effantin, Pierre Bourgeat
  • 1973-80:Emile Bellier
  • 1980- 82:Antoine Pachot
  • 1982-2011 :Jean Pierre Locatelli avec une parenthèse exercée par Bruno Feillens2007-08 :Albert Gotti et Jean Pierre Locatelli2008-09: Daniel Karagouch et Jean Pierre Locatelli
  • Depuis 2011 Xavier DUPOND

LES TITRES DE CHAMPION DES ALPES REMPORTES PAR L'EQUIPE PREMIERE

  • 1968 Cinquième série
  • 1975 Seconde série
  • 1978 Première série
  • 1987 Seconde série
  • 1997 Troisième série
  • 2002 Troisième série
  • 2004 Seconde série
  • 2009 Première série

Sources : Daniel et Roger Roux, « archivistes du club » et Jean Pierre Locatelli, Merci à eux.

LES ROSIERES DE L'ALBENC

Certes, Vinay a couronné sa 117° Rosière en 2010 mais sachez que, de 1941 à 1969, le Conseil municipal de l'Albenc a doté 22 Rosières !

Ceci était lié à la volonté d'un albinois : Jean Louis Fouillet (1866-1937).

Au XIX° siècle, la pratique du legs était courante. Un notable ou une personne aisée versait tout ou partie de ses biens à un hôpital ou à une municipalité, à l'intention des plus pauvres, d'une association ou d'une jeune fille méritante. C'est ainsi que le 9 septembre 1922, M.Fouillet instituait la commune de l'Albenc comme légataire universelle de tous ses biens. A la suite du décès du généreux donateur, trouvé mort dans un champ le 7 mars 1937, la commune vendit ses biens par adjudication pour exécuter ses volontés. Divers dons furent effectués et, comme précisé dans le testament, les intérêts du surplus du prix des ventes seraient remis à une jeune fille âgée de 21 ans, née à l'Albenc et y résidant. Charge au Conseil municipal de choisir l'heureuse élue avec voix prépondérante au Maire. Quand une année, aucune jeune fille ne remplissait les conditions requises, la somme devait être versée au bureau de bienfaisance. Ce fut le cas de 1938 à 1940, en 1950 et 1951 par exemple.

Jean Louis Fouillet, surnommé « Camon » n'était pas un riche bourgeois mais un agriculteur, propriétaire au quartier des Ferrières. Célibataire et sans descendance, il souhaitait aider une jeune albinoise à se marier pour fonder « une famille honnête ». Contrairement au cas vinois et à bien d'autres, il n'était pas question dans son testament de pauvreté, de virginité, ou de modèle de vertu... Particularité originale : la rosière de l'Albenc était une institution simple et laïque qui ne donnait lieu à aucune manifestation. Elle n'était pas couronnée à l'église et ne défilait pas au bras de Monsieur le Maire pour la vogue.

A l'époque, elle recevait la coquette somme de 3360 francs, inscrite au budget communal. A partir de 1954, elle percevait 5000 anciens francs et 50 nouveaux francs depuis 1960.

Pourquoi la dernière rosière albinoise fut-elle dotée en 1969 ? D'une part, les intérêts du legs s'étaient taris et l'inflation s'était chargée de minimiser la valeur de la somme attribuée. D'autre part, cette institution apparaissait de plus en plus désuète au lendemain de 1968... Enfin, le Conseil municipal se préoccupait à partir de 1970 du legs Collonge qui, aujourd'hui encore, profite à l'Ecole, au Sou des écoles et au CCAS.

Vinay a su perpétuer cette tradition, presque totalement disparue par ailleurs. Les reines de beauté, les catherinettes et plus récemment les miss ont succédé aux rosières.

Merci à M. Louis Eymond pour ses précieux renseignements sur le legs Fouillet.

Listes des Rosières de l'Albenc

1941 : Hélène Tournier 1942 : Marthe Chatroux

1943 : Henriette Bec 1944 : Yvette Belle

1945 : Emilienne Cogne 1946 : Gabrielle Pevet

1947 : Aîmée Penin 1948 : Ginette Chorot

1949 : Georgette Chorot 1952 : Yvette Perrin

1954 : Lucienne Martel Rivière 1955 : Rolande Blanc

1956 : Gisèle Lambert 1957 : Yvette Olive

LE MONUMENT AUX MORTS DE L'ALBENC

Une effroyable boucherie.

Au lendemain de la Première guerre mondiale, le deuil est immense, à la fois personnel et collectif. Toutes les familles sont frappées par la perte d'un père, d'un frère, d'un fils ou d'un proche.

Sur une population de 40 millions de français, 8.4 millions ont été mobilisés. 1.4 million sont morts, soit un combattant sur six.

A l'Albenc même, les chiffres sont tout aussi importants. Sur une population de 836 personnes, 37 hommes sont morts , soit plus de 4% de la population. Cette forte proportion illustre le fait que la France rurale qui a fourni les soldats de l'infanterie, a payé un lourd tribut à la guerre. En 1921, le village ne comptait plus que 724 habitants.

L'hommage aux victimes.

Après guerre, vient le temps du deuil et de la commémoration. Les français veulent rendre hommage à ceux qui ont perdu la vie pour la patrie. C'est ainsi qu'au début des années 1920, un monument portant la mention : « morts pour la France » est élevé dans chaque commune française. A l'initiative des Anciens combattants, le 11 novembre devient fête nationale à partir de 1922.

Dés le 1er juillet 1919, des albinois adressent une pétition au Maire lui demandant de faire édifier un monument aux morts. « Cela nous permettrait de nous recueillir auprès de l'emblème élevé à la mémoire de nos chères victimes. »

Le 27 septembre suivant, « considérant qu'un hommage durable doit être rendu aux héros de la commune de l'Albenc », le Conseil délibère pour élever un monument commémoratif . Il crée une commission chargée de « mener à bien l'œuvre de reconnaissance et d'ouvrir une souscription publique ». Les conseillers font le tour de la commune pour récolter les fonds qui s'ajouteront à la subvention municipale.

Le village se divise.

L'emplacement du futur monument donne lieu à de vives discussions. Pétition et contre pétition se succèdent.

Le 2 avril 1922, le maire propose au Conseil de fixer définitivement l'emplacement du monument sans consulter les parents de militaires décédés et les associations. Par 7 voix sur 9, le Conseil décide de l'ériger sur la place de l'église, entre le marronnier el la bascule. Des cartes postales anciennes et des premiers tableaux de Jean Vinay le montrent à cet emplacement initial.

Travaux et financement du monument.

Les travaux sont confiés à l'entreprise Ferdinand Genin de Vinay spécialisée en marbrerie, sculpture et monuments funéraires. Ils sont supervisés par M.Finaud, architecte.

La souscription a produit 4000 Francs. La subvention votée par le Conseil s'élève à 7000 F. L'Etat par l'intermédiaire de la Préfecture attribue 910 F. Cette somme était calculée à partir d'un barème prenant en compte la population en 1914 et le nombre de combattants morts. Pour pouvoir effectuer les travaux, M.Genin consentit « à faire le sacrifice de 15% de rabais » sur son devis initial.

Le procès verbal de réception des travaux date du 7 juillet 1923. Le monument a dû être inauguré quelques semaines plus tard. Il ne présente aucun caractère particulier. Il ressemble à de nombreux monuments élevés dans la région, sûrement par la même entreprise.

Le monument déplacé.

Après la seconde guerre mondiale, les camions font étape, de plus en plus nombreux, au relais routier. Le 1er juillet 1950, le Conseil municipal reconnaît que « le monument aux morts de la commune subit des dégâts du fait des chocs occasionnés par les poids lourds sur la place publique. » A la suite d'un accident, une compagnie d'assurance verse 30 000 F. à la commune pour réparer le monument endommagé. Quelques mois plus tard, il est installé à son emplacement actuel : place du Souvenir français (ainsi dénommée depuis 1993). Il se retrouve à l'endroit qui avait été soutenu par de nombreux albinois en 1922 !

Aujourd'hui, le monument aux morts accueille les commémorations officielles.

Le Conseil municipal tient à entretenir le devoir de mémoire. Il vous invite à venir participer aux cérémonies organisées le 11 novembre, le 19 mars, le 8 mai et le 18 juin.